dimanche 10 mai 2009

Madame & Monsieur G

Presque livrés avec les murs du club ce couple ne prend jamais de jour de repos ni de vacances, ils sont présents tout au long de l’année, excepté 1er janvier et 1er mai. Ils ne connaissent pas forcément les subtilités de cette activité sportive, en fait ils ne s’y intéressent guère.
Le matin ils sont les premiers sur place, dès 8h. Madame G veut se donner l’allure présentable, apprêtée de toilettes aux couleurs criardes, maquillée abondamment, parfumée à profusion. Quant à Monsieur G, adepte du pantalon marron en tergal, aux différentes auréoles, la chemise débraillée, les mocassins beiges au cuir usé, les cheveux gras coiffés en arrière au Pétrol Hann, rasé plutôt de loin, au premier abord Monsieur G est repoussant au deuxième également. Flanqués de leur chien « Gustave » un teckel qui pue ne répondant plus aux différentes injonctions reste constamment couché sous le bar sur une serpillière. Il mordra le premier qui tentera une aventure derrière le comptoir.
Ce couple de gérant connaît tout le monde dans l’association, tutoie certains; leurs meilleurs clients et leurs amis qui sont d’ailleurs leurs meilleurs clients. Les enfants, ils ne les aiment pas, surtout lorsqu’un gamin assoiffé réclame un verre d’eau. Jack Daniel’s et Moet & Chandon sont leurs fidèles partenaires. Whisky en journée après le café, et champagne en début de soirée.
Gino fut cuisiner durant de longues années sur Paris, c’est d’ailleurs en ce lieu qu’il rencontra Madame G venue faire un extra. Créatif dans ses menus quand l’envie lui prend, il est capable de concocter de véritables mets dignes des plus grandes tables.
Les prix des consommations coupent tout envie de boire. C’est un véritable sacrifice pour l’enfant désirant un soda.
Monsieur G ne quitte pas ou très rarement son tabouret de bar durant la journée, juste pour aller pisser. Il parcourt le journal regarde les photos, lit les titres, et donne la réplique à ses amis consommateurs. Malheur à qui téléphonera afin de réserver un court, l’accueil sera plutôt froid. Souvent après avoir raccroché il marmonnera « celui-là y me fait chier ! » Monsieur G paraît désagréable, il l’est passé le déjeuner, car le matin encore à jeun il est capable de tenir un discours et son regard sur la société n’est pas aberrant. Il n’aime pas les enfants, c’est l’échec de leur couple, est-ce la raison pour laquelle il les déteste ? Jalouse t-il ceux qui ont pu en avoir ? Le mercredi est pour lui un calvaire une centaine de marmots défilent et lui réclame la sempiternelle question « Est-ce que je peux avoir un verre d’eau s’il vous plait ? » Malheur à celui qui omettra la formule de politesse. De sa grave voix cassée il lui criera « un verre d’eau comment ? ».
Madame G ne les aime pas plus mais tentera de le cacher. De nature bavarde, elle cherche toujours à savoir ceux que les autres ne savent pas et raffole des confidences de bourgeoises glissées au creux de l’oreille. Pas très grande, l’œil ridé, une voix fluette sans cesse en train de se repeigner devant l’inox du percolateur, Madame G contrairement à son homme prend garde à sa personne, même si ses goûts ne font pas l’unanimité.

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