dimanche 14 juin 2009

Numéro un mondial

L’attente fut longue dans cet aérogare « D » de Roissy, plusieurs heures, l’avion a été retardé. « Comment vais-je faire pour le trouver ? »Ça grouille de partout, entre pleurs de retrouvailles ou de séparation. Une main sur mon épaule je me retourne « Hi ! My name is Thomas » Paralysé, tétanisé j’extorque de mon mauvais anglais un son tout juste audible voulant peut être dire merci ou bonjour. Heureusement que nos apparats de chauffeur nous transforment en « homme-sandwich » permettant notre indentification rapide, car évidemment il n’aurait pu me reconnaître, moi je n’ai pas gagné Roland Garros. Deux énormes sacs dans le coffre rendent subitement la voiture minuscule. Le contact est facile, durant ces deux heures de route, mes choix musicaux lui plaisent. L’homme ne connaît pas cette campagne ou je l’emmène je lui explique tant bien que mal et revendique les spécialités du secteur, camembert, teurgoule, Mont St Michel. Finalement il est comme moi avec le talent tennistique en plus. Un léger assoupissement sur la fin du parcours, nous sommes arrivés à l’hôtel, son quotidien : « tomorrow morning at nine ». Je retourne au « qg » de l’organisation du tournoi tout le monde me saute dessus « Alors Thomas il est comment ? » Il est normal comme toi et moi disais-je. Il est vrai que je me l’étais accaparé, les autres ne magouillant pas très bien l’anglais et l’italien, car notre autrichien parle aussi bien l’italien que l’anglais son ami d’entraînement étant Milanais. La nuit se passe et comme les autres elle est courte car pub, discothèque sont au programme.
Le lendemain à la minute précise je suis dans le hall et guette son arrivée, l’homme arrive sac sur l’épaule, radieux me salue chaleureusement comme un « pote » apparemment il a bien dormi, et me questionne sur le tournoi les joueurs engagés et sur son premier match de ce soir ou il affronte une première série française le N°10.
Je suis impressionné par le professionnalisme que les autres français n’ont pas, ce tournoi est pour lui une exhibition. Echauffement physique, corde à sauter, son sparing-partner est -30, la partie dure une petite heure, quelques gammes, volée, et trois quatre jeux pour finir. Il n’oubliera de saluer aucune personne de l’organisation, rappeler vous en 95 lorsqu’il a gagné Roland Garros il est le seul vainqueur à avoir salué tous les ramasseurs de balles ! Je suis fier, je vis un rêve de gosse, je suis son interlocuteur privilégié il m’interpelle dès qu’il veut quelque chose. Après les étirements, la douche « what are we doing this evening? » me demande t-il. Ce soir il y a match de hockey, un match minable division II, mais sachant qu’il adorait ce sport, pour le pratiquer à l’entraînement je lui propose. Enchanté il me remercie et il sera facile pour moi de trouver des places dans les loges, et il lancera même le match, c’est fou comme un nom peu ouvrir les portes. Protocole oblige il passe dans les vestiaires saluer les gars. Sur la glace il est comme un gosse, crosse en main il fait signe à l’arbitre de lancer le palais, la foule l’acclame, les gens se rapprochent de moi et me pose des questions. Nous regardons le match, je n’y connais rien, il m’explique les règles en anglais j’y comprends rien. Mi-temps il me propose de boire un « radler » mélange de bière et d’Orangina, pas si mauvais que cela puisse paraître. Nous ne verrons pas la fin du match, car une autre faim arrive ; « what we can eat ? » ne connaissant pas trop les goûts de monsieur, mais sachant qu’il aime l’Italie je lui propose les meilleurs pizzas jamais mangées dans ma propre vie, direction la pizzeria Amalfi chez « Gigi ». Thomas sera lui-même étonné par la qualité. Le mec est toujours aussi sympa, discussions de sport, de voiture (il me demandera la marque de ma voiture R11 GTL ! Lui c’est F40 !) de voyage, de musique, de cul et de dopage (très évasif sur le sujet, pourquoi ?) Après avoir signé quelques autographes et s’être « enfilé » plusieurs « calva » direction la mer où se déroule la soirée du tournoi. Pas très chaud au départ je l’emmène. Sur la piste il est dans son monde, et un cercle autour de lui se forme, beaucoup de femmes admirent sa stature et fantasme sur son portefeuille. Habitué il n’y prend garde, encore une fois je suis sollicité et je dois répondre aux interrogations. Retour assez tôt à l’hôtel.
Il remportera aisément le tournoi, 15000€ plus son cachet. La fin du rêve prendra fin comme au début dans l’aérogare D, un souvenir inoubliable matérialisé par son blouson en cuir estampillé « ATP Tour » qu’il offrira le dernier jour. Culoté je l’ai abordé à Roland Garros et nous avons discuté après un entraînement deux trois mots et il accepta mon cadeau, une bouteille de Calvados.

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